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Assemblée générale 2023

Vous trouverez ci-joint le compte rendu de l’assemblée générale 2023 d’Ansouis Patrimoine tenue le 11 avril 2023.
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Chroniques des Municipalités d’Ansouis et adhésion à Ansouis-Patrimoine

L’assemblée Générale d’Ansouis-Patrimoine s’est passé le 11 avril 2023. Vous n’avez pas pu venir, vous n’êtes pas adhérent de notre association, vous pouvez encore acheter notre nouveau livre ou adhérer à notre association.

Ansouis Patrimoine édite un nouveau livre, « Chroniques des Municipalités d’Ansouis, Histoire des réglementations et chronologie des conseils communaux depuis 1540 ».
Ces chroniques sont en deux parties.
-L’essai de l’Histoire des Municipalités d’Ansouis d’Albert Point. Ce dernier était instituteur au village avant la Grande Guerre ; grièvement blessé le 25 août 1914, il décède le 31 du même mois ; auparavant, il avait commencé à travailler sur l’histoire de notre village et espérait être publié ; il proposait dans son ouvrage la liste des élus et les différents règlements qui s’appliquèrent pendant l’ancien régime ; Lionel Guin et Jean-Claude Bonnet ont complété son travail pour le début du XVIe et pour le XXe et le XXIe siècle ;
– ils ont ensuite travaillé sur les archives de la commune d’Ansouis dans l’année 1577. Ils racontent l’histoire d’une communauté au milieu des guerres de religion, s’efforçant de survivre dans les malheurs du temps.
Vous pouvez acheter ce livre dans les divers points de vente de la commune, à la mairie, chez Juliet’s, chez M.Regen, le marchand de journaux/bureau de tabac, au musée extraordinaire, à la bibliothèque « les milles feuilles» à coté de l’école. Vous pouvez aussi le commander en ligne en suivant le lien suivant.
Une fois le livre commandé, présentez vous avec l’attestation de paiement chez M.Regen le buraliste-marchand de journaux de la place des Hôtes.
Vous pouvez aussi soutenir notre association en y adhérant. Vous nous aiderez ainsi à organiser des visites du village, des balades musicales, écrire des livres et des chroniques internet,.. Pour cela suivez le lien ci-dessous :
https://www.helloasso.com/associations/ansouis-patrimoine/adhesions/adhesion
Enfin nous accueillons volontiers de nouveaux membres à notre conseil d’administration. Vous pourrez participer plus activement à nos activités, visites, chroniques sur internet, recherches, participation à l’écriture de nouveaux livres…Envoyez votre candidature à l’adresse mail suivante :
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Le retour de la carte postale

Le Circuit « belle époque » a été mis en place et financé par « les Comptoirs d’Ansouis », associations des commerçants de la commune. C’est le premier circuit mis en place avec l’appui d’ Ansouis-Patrimoine.
Au début du XXème siècle, le développement de la photographie permet d’avoir plus de témoignages visuels sur cette époque où les rues du village bruissaient d’activités diverses : maréchal-ferrant, cordonnier, tailleur, coiffeur, couturière, buraliste, épicier, boulanger, boucher, cafetier tenaient échoppes et le photographe n’avait aucune difficulté à trouver la figuration nécessaire à ses prises de vue. Le circuit est l’illustration de la vie à cette époque.
Depuis quelques temps, il manquait une des cartes, qui avait due être enlevée suite à des changements de propriété.
Elle vient enfin d’être replacée face à l’entrée du château. Il faut remercier la mairie et surtout ses techniciens qui ont fait ce travail.
Ci-dessous vous avez les liens avec tout le circuit.
1- Le Boulevard – Entrée du village
2- Les vieux remparts
3 – Place des hôtes
4 – Hôtel des Postes
5 – Place de Cartaux, entrée du château
6 – L’Église et l’éperon
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De fiéu en courduro

Jusqu’au 26 mars 2023, l’association Li Reguignaire dou Luberoun propose l’exposition « de Fiéu en courduro (de fil en aiguille) ». Elle se tient à Pertuis à l’espace de Croze, ancienne chapelle Saint Jacques de l’hôpital, à l’entrée de la rue de Croze.
L’exposition montre tout type de tissus, d’étoffe et de dentelles qui se fabriquaient auparavant dans notre région. Coton, laine, chanvre, soie, toutes les matières qui pouvaient être utilisées sont montrées, de la plante au vêtement final. Elle présente aussi d’autres usages du textile comme les ficelles et les cordes, les dentelles, le drap, les couvertures matelassées. Vous pourrez aussi voir les outils, machine à coudre, métier à filer, cardeuse, tampons à imprimer.
Il vous reste une semaine et deux WE pour voir cette exposition, qui présente une autre forme de patrimoine. L’entrée est gratuite, ouverte tous les jours, le week-end de10h à 12h et de 14h à 18h, en semaine : 9h à 12h et 14h à 18h.





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Salon de la généalogie 2023

Patrimoine et généalogie font souvent bon ménage.
Le week-end des 22 et 23 avril 2023, de 9h30 à 18h00, aura lieu le Salon de Généalogie organisé par le Cercle Généalogique de Vaucluse et des terres adjacentes (cgvaucluse.org). Il se tiendra au Château de Fargues avenue Pierre de Coubertin 84130 Le Pontet.
A coté des exposants, aura lieu une exposition et des conférences sur le thème des « musiciens du Vaucluse du 17e au 19e siècles ».
C’est aussi une occasion de rencontrer les différents cercles généalogique de la Région. Nous vous invitons à partager ce moment avec d’autres passionnés et de découvrir le Chateau de Fargues, petit édifice du temps des papes d’Avignon (pour le début de la construction).
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Entretien avec Paulette et Alice Caste en 2020

Paulette et Alice sont les doyennes de la petite communauté qui habite la Campagne Martialis à l’est d’Ansouis. Elles ont bien voulu raconter pour Ansouis Patrimoine leurs souvenirs sur le quartier.
Martialis
Martialis est cette grosse bâtisse flanquée de deux tours en contrebas de la route entre Cabrières et Pertuis, au croisement avec la route d’Ansouis à la Tour d’Aigues. Pour les habitants de la région, il suffit de dire en dessous de l’Art Glacier, pour qu’ils situent.

Martialis vu du sud avant l’électrification en 1930 Cette maison a été pendant deux siècles et demi, une bastide aixoise occupée par des nobles de la capitale provençale. Elle avait chapelle, tours d’angle, salon d’apparat. En 1858, elle est entrainée dans la faillite personnelle du Comte Henri Maxime Philippe de Renaud d’Alleins. Les terres et propriétés sont mises en vente par un jugement du Tribunal d’Apt.
Le château est acheté par un marchand de bien de Sannes avec l’argent de sa femme. Celui-ci va revendre par appartement la bastide et les terres dont il s’est rendu acquéreur.
Sans se perdre dans les détails des ventes et revente des biens, trois familles ont acheté les biens et des terres, et sont encore là : les Caste, Les Girard (aujourd’hui les Fouque), les Féraud (aujourd’hui les Jaubert). Ces trois familles arrivaient des contreforts du Luberon entre Cucuron et Cabrière d’Aigues.
La vie de la ferme avant la 2ème guerre
La ferme des Caste est une exploitation de polyculture vivrière comme il en existe beaucoup dans le Pays d’Aigues. Les terres produisent d’abord pour la consommation des habitants, accessoirement pour la vente.
L’eau était nécessaire en abondance pour les habitants, les animaux et les jardins. Au début elle devait provenir du grand bassin à l’ouest du château. Faute d’entretien celui-ci se tarit à une date inconnue. Une éolienne permet alors d’alimenter en eau les petits bassins où l’on recueille l’eau. Vers 1930, le mistral abat l’éolienne, que le grand-père de Paulette et Alice, Jules, remplace par un groupe électrogène. L’arrivée quelques mois après de l’électricité sur la ferme permet de faire fonctionner la pompe.
Pour travailler les terres, le fermier utilise des chevaux et des mulets. Ils sont abrités dans l’écurie à l’est du château. Le package et le fourrage sont assurés par le grand pré qui borde le Mardéric entre Martialis et le Bastidon. Cette ressource étant rare et indispensable, elle est partagée entre plusieurs propriétaires. Outre les Caste, d’autres fermiers viennent y mener leurs bêtes : les Esparon qui habitent ce qui est devenu le domaine des Marchand, les Curnier puis les Théry, les Tissot. Un Tissot est un jour renversé par la foudre alors qu’il fait les foins.
Une autre ressource communautaire est le grand jardin qui se trouve de l’autre côté de la route. Il est irrigué par un bassin et partagé entre plusieurs exploitants. Chacun a un jour de droit de soutirage de l’eau. Les Caste peuvent irriguer leur portion le samedi (jour qu’ils échangent parfois avec Gaston Arniaud qui habite à côté du bassin).
Le blé est la principale culture de la ferme. Il demande de la main d’œuvre pour la moisson et le battage, les habitants de Martialis s’entraident. Armand Guirand a repris la conduite des terres des Féraud lorsque l’héritière a épousé un instituteur, Charles Jaubert. Lui et André s’assistent pour le labour, la moisson et le battage du blé. Ils sont parfois aidés par les petits-enfants de Malvina Curnier ou des cousins Caste venus d’Aix ou Marseille. Les Caste font le battage au Bastidon.

Fin de la moisson au Bastidon. André Caste et Armand Guiran sur la meule La vigne est la deuxième culture importante. Elle permet de faire du raisin de table qui se vend bien, et du vin pour la consommation personnelle. Les frères Jules et Paul Caste partageaient un pressoir ambulant qui se déplaçait entre les fermes. Dans les années 1990, on pouvait encore le voir trôner devant la ferme des Marchand. Le résultat du pressage était ensuite entreposé dans de vastes cuves et tonneaux dans les caves des fermes.
Dans les années 1920, des coopératives viticoles communales sont implantées auxquelles les paysans sont invités à participer. Elles doivent permettre d’industrialiser la vinification et faciliter la commercialisation. Les frères Caste vont faire des choix différents. Paul, qui habite la ferme des Marchand rejoint la coopérative de la Tour d’Aigues où habite encore la grand-mère Marie. De plus elle s’accède facilement depuis sa ferme. La pente descend constamment, facilitant le travail de l’attelage qui tire la charrette pleine. Jules habite le Bastidon puis Martialis. Aller à la Tour d’Aigues depuis le Bastidon suppose de remonter la cote jusqu’au croisement avec la route de la Tour d’Aigues. Econome des forces de ses bêtes, Jules décide donc de s’inscrire à la coopérative d’Ansouis.

André Caste devant et Armand Guiran conduisant une charette emplie de banastes de melons Il y a peu d’oliviers sur Martialis, mais Jules avait quand même deux rangées à côté du cabanon construit par son père Cyr le long de la route de Pertuis. André, son fils, emmenait cette production à un moulin de Manosque pour faire de l’huile.
La vie de la ferme est troublée par la guerre en 1944. A ce moment, les Caste abritent au dernier étage de Martialis un ouvrier agricole. Intrigués par la lumière, les occupants croient qu’il s’agit d’un maquisard. Le jeudi, les miliciens français viennent au château et menacent André Caste avec un pistolet. Le dimanche, ce sont les allemands qui arrivent pour perquisitionner, à la recherche de l’éventuel maquisard ou d’armes. Ils terrorisent la vieille voisine, Malvina Curnier qui essaie de cacher avec son dos le fusil de chasse de son mari Abel. Puis, ils visitent la partie occupée par les Caste. N’ayant rien trouvé (André enterrera son fusil pour le cacher), ils s’installent dans la cour du château pour déjeuner. Mais ils ne sont pas rassurés. Les américains ont débarqué et disposent de la maitrise de l’air. Lorsqu’un avion survole les collines, ils conseillent aux fermiers de ne pas se montrer pour éviter un mitraillage ou un bombardement. Enfin, les allemands partis, au mois d’août suivant les habitants du château voient passer les troupes américaines se dirigeant vers Cabrières.
Vie quotidienne dans les années 40 et 50
A partir de 1950 environ, toutes les terres sont louées pour le pâturage à Etienne Belmondo, le berger italien qui s’est installé d’abord à Saint Maurin, puis sur la ferme de la Pourrette. Celui-ci fait paître ses moutons sur les champs, qu’ils nettoient de toutes les mauvaises herbes. La bergerie s’arrêtera de produire des agneaux dans les années 1970.
Il restait beaucoup de muriers, vestiges de la culture industrielle de vers à soie qui existait au XVIII° et au XIX°. Il y a aussi de nombreux amandiers. La récolte se faisait lorsque Marthe Curnier, la fille de la voisine venait à la ferme. Elle donnait un coup de main pour écosser les amandes.
A proximité de la ferme, il y a aussi beaucoup de travail pour les femmes. Il faut faire des conserves avec les produits du jardin. Il faut aussi nourrir la basse-cour. Il y a des poules, des canards, des pintades et des lapins pour la consommation de viande et d’œufs de la famille. Assez peu étaient vendus. Il y a aussi un ou deux cochons, qu’un boucher de Pertuis, monsieur Blanc, venait abattre et découper. Enfin il y a deux chèvres qui permettent d’avoir des tomes de fromages (accessoirement elles portaient la petite Alice lorsque tout le monde allait au jardin).

La chèvre des Caste entourée d’enfants Pour ce qui manquait, les commerçants se déplaçaient à l’époque. Trois fois par semaine, le boulanger d’Ansouis, Monsieur Coulon, faisait la tournée (la tournée fut réduite ensuite à deux passages hebdomadaire avant de disparaître). Chaque semaine, il y avait aussi un épicier, Carmagnol, et un poissonnier dit « Pas joli » par un enfant irrévérencieux.
Tous les jours, il y avait aussi la tournée du facteur à vélo.
La viande rouge s’approvisionnait chez M. Blanc, le boucher. Celui-ci attendait dans sa boutique place de la Diane à Pertuis, lorsque la famille allait au marché du vendredi.
Aller à l’école était compliqué lorsqu’on habitait loin du village. Outre la longueur de la marche, il fallait compter avec les intempéries qui pouvaient rendre les chemins impraticables l’hiver. André avait sa grand-mère à la Tour d’Aigues. Il allait donc à l’école dans ce village, en prenant au passage sa cousine Félicie, la fille de Paul et Noémie. Sa future femme, Valérie, habitait Soulière et avait ses deux grands-mères au village d’Ansouis. En arrivant au village, elle allait saluer ses ancêtres, regardait ce qu’elles faisaient à manger et choisissait chez laquelle elle irait prendre le déjeuner.
Jusqu’à neuf ans, Paulette alla à l’école à Ansouis où elle avait encore une grand-mère. Elle fréquentait la petite classe qui se trouvait à côté de la mairie (les grands avaient école plus haut à côté de l’église). Après le départ de la grand-mère, elle va en pension à l’Immaculé Conception à la Tour d’Aigues. Alice va directement au pensionnat, et continue dans l’institution de l’immaculée conception à Avignon.

Paulette Caste deuxième à droite au deuxième rang de la classe 39-40 d’Ansouis Reconversion
A partir des années 50, la ferme sort lentement de l’agriculture vivrière. Les tracteurs et la camionnette remplacent les chevaux et les mulets, les engrais minéraux permettent d’augmenter les rendements. Plus besoin de calculer les distances et les efforts en fonction des forces des bêtes et des hommes. Les exploitants se tournent vers des cultures commercialisables.
Dans un premier temps, la région suit la conversion de la vallée de la Durance. André plante des melons et des asperges. Devant la maison, Tissot fait du champ qui longe aujourd’hui le chemin d’accès un verger de pommiers. Le grand père Fouque qui a épousé Marthe Curnier fait planter des cerisiers.
Roger, après le décès de son père André, se risque à l’ail et aux carottes.
Dans un deuxième temps au cours des années 1970, la viticulture envahit tout. Les paysans rachètent des droits à planter dans d’autres régions. Les machines à vendanger permettent d’économiser la main d’œuvre.
Un rééquilibrage se fait au cours des années 90. On plante du tournesol, du maïs, des céréales, sans abandonner la vigne.
Aujourd’hui tout le monde est à la retraite à la ferme et profite d’un repos bien mérité. Les terres sont exploitées par d’autres, les enfants ont choisi d’autres professions que l’agriculture. C’est une autre époque qui est arrivée.
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Le témoignage de Guy Tourniaire

La mémoire paysanne est importante comme le montre ce témoignage que nous a apporté Guy Tourniaire sur Ansouis. Etienne Roueff et Lionel Guin ont recueilli ses propos :
Nous sommes allés à la rencontre d’un Ansouisien agriculteur depuis soixante ans.
Guy nous attend un matin de ce mois de mai peu ensoleillé, alors qu’il cure un des ruisseaux attenants à son chemin d’accès, encombré par les débris du dernier orage.

Guy Tournière et Lionel Guin Nous commençons à deviser en remontant le chemin vers le haut de ses terres au fond du vallon du Coulet blanc, devenu son fief après tant d’années d’un dur labeur.
Sa famille : son grand-père, s’est installé ici à Font Blanche, en 1912 il y a plus de cent ans!
Le bâtiment principal, ou maison de maitre, date d’avant la révolution, nous dit-il. Dans ce domaine il y a eu deux moulins successifs avec des retenues d’eau pour les alimenter. Une de ces retenues, la plus ancienne, est encore en partie visible derrière la deuxième maison : c’est un mur en pierres, arrondi comme un barrage. En dessous un reste de tuyau affleure dans le chemin, c’était la conduite d’eau pour alimenter le moulin du dessous.
La maison attenante était une habitation en plus du moulin, il y a une meurtrière sur la fenêtre sud, comme si un garde s’y tenait pour veiller…au grain! Et surveiller la venue d’un ennemi éventuel….
Il y a même en dessous une autre « cure » qui servait peut être d’échappatoire si le meunier et son garde étaient encerclé?
L’eau de façon générale arrivait le long des routes et chemins par des fossés, depuis le haut des collines, c’est un de ces fossés que Guy nettoyait après l’orage. Nous montons le chemin, et Guy nous décrit les plantations actuelles, étagées le long de la vallée du Picauvaud, des vignes de différents cépages, Merlot, Syrah et Grenache.
Puis plus haut nous découvrons le bassin qu’il a reconstruit et agrandit, changé d’argile en béton, en 1983 alors qu’il s’était installé huit ans avant en reprenant l’exploitation de son père, en 1975. Le bassin fait environ trois cent trente mètres cube d’eau, et se vide par une vanne à main dans le ruisseau qui s’écoule ensuite plus bas dans le Marderic. Les ragondins d’autrefois ne sont plus très présents, mais il en voit parfois.
Guy a réhabilité la maison de maître du 18°, ses père et grand père n’avaient pas voulu ou pu le faire. Il y habite et elle domine le bas du vallon et la plaine vers Cucuron et Lourmarin.
Dans un hangar il est fier de nous montrer ses tracteurs, le plus ancien de 1962, appartenait à son père, celui de 1966 un Ford à boite électrique, un de 1968 et le « bébé » de 1986, plus moderne: il a plus de trente ans! Il les garde en état de marche pour ne pas avoir à défaire à chaque fois les machines différentes accrochées derrière. A presque 80 ans il n’en a plus la force.

Guy Tournière et son tracteur Son chemin, ancienne route de Pertuis par le domaine Val Jouannis, a été refait il y a trois ans et chargé de gravillons, ce qui facilite les transports par temps de pluie. Il nous décrit enfin les deux ponts, l’un au sud qui a remplacé le gué de son enfance quand il le passait pour aller à l’école, et l’autre au nord, sur le même Marderic, qui a été refait en1980 après des dizaines d’années où ce n’était que deux poutres traversant le ruisseau! En Aout 1986 une crue énorme a quand même submergé le pont.
Pour clore le paysage environnant il évoque la charbonnière abandonnée sur la crête sud, puis se tournant vers la plaine il nous décrit les habitations visibles de chez lui correspondant chaque fois à une famille connue du village, lui est au dessus et les voit bien….
Les vignes ont été données à sa retraite en 2003 à ses neveux, son fils étant instituteur comme sa mère à Ansouis, n’en faisant pas usage, mais lui Guy a gardé deux cultures essentielles pour cette période soi disant plus calme de la vie: il a planté en deux fois, 2003 et 2004, cent dix oliviers magnifiques, en fleurs ces jours et prometteurs d’une bonne récolte (de 1 à 2 litres par pied selon l’année). De ce coté nord le champ d’oliviers est dominé par la forêt communale de pins coupés tous les quarante ans environ par les forestiers, alors que les chênes ne l’ont pas été depuis 1945.

Guy et ses oliviers Tout en bas il y a le petit bois de chênes truffiers plantés il ya dix ans environ, et surtout son potager qu’il cultive avec sa femme Suzanne, un rang de melon, un d’asperges (magnifique) un de fraises et bientôt des haricots… il en est content et ce n’est que le début des plantations pour cet arpent personnel! Ainsi ce vallon si longuement et patiemment décrit dans sa diversité est bien le sien – pas d’erreur, berceau de sa famille ce Coulet ou Collet blanc est et a été le travail de toute une vie et avant et après lui aussi, qui ont permis à toute cette famille de vivre bel et bien depuis un siècle et plus. On y voit la main de l’homme, son travail qui a transformé le paysage, la nature. Et a nourri tant de gens. Nous redescendons à la maison et nous installons pour continuer la conversation. Après toute cette description in situ de son activité, nous revenons à un récit chronologique.
Guy se raconte. Après l’enfance il fut de ce temps du service militaire en Algérie où il resta plus de deux ans (1959 à 61) en tant que conducteur d’automitrailleuse; il nous cherche et nous montre ses diplômes militaires, et est devenu le porte drapeau des Anciens combattants.
Quelques temps après son retour il a l’occasion de partir se former en agriculture plus technique au Canada; il y restera quatre ans essayant beaucoup de métiers dont chauffeur de multiples véhicule, est sur le point de passer son diplôme de moniteur d’auto-école. Il s’essaie aussi en hiver à vendre des aspirateurs, dont il plaisante en disant qu’il réussissait si bien qu’il regretterait presque d’être revenu à l´agriculture! Et fait même du tissage en usine……il travaillait déjà beaucoup.

Guy et Etienne Roueff au bord du bassin Mais il rencontre Suzanne venue pour un stage; elle veut rentrer en Provence, alors il revient à la ferme familiale, se marie et développe auprès de son père, puis à son compte le domaine familial comme il nous l’a décrit auparavant. Il se montre grand travailleur: pas de congés, pas de dimanche ou si peu, des semaines sans coupures. Guy a toujours une idée d’avance, suit de près la technique agricole et ne rate pas les occasions de se développer comme l’année où il a agrandi le bassin ce qu’il nous a déjà raconté.
Il nous parle de la vie de paysan à Ansouis: en 1953 il y avait 150 exploitations agricoles dans la commune. Désormais ils sont à peine dix ! La vie était dure, lever tôt, activités diverses selon le temps, la période, les aléas du commerce agricole….être tout le temps vigilant, laisser peu au hasard, le moins possible; peu à peu les cultures sont moins rentables, les enfants ne reprennent plus derrière, ils font des études ou d’autres métiers « mon fils est instituteur comme sa mère ». Et la mécanisation a tué le métier, dit-il, assécher les terres, sans parler ensuite des produits pour intensifier, en quelque sorte la « chimiquisation » de l’agriculture, mais aussi des circuits de distribution qui sont de plus en plus durs pour les producteurs… les profits diminuent comme peau de chagrin! Mais il ne regrette rien. Plusieurs fois il nous dira « c’est le plus beau métier du monde, mais trop exigeant pour les jeunes générations.
Autrefois trois hectares de culture nourrissaient une famille; maintenant ce n’est plus possible. Les collègues continuent à travailler leurs terres mais travaillent à côté pour survivre! » Il poursuit « Donc autrefois on faisait des asperges, des melons, des légumes : carottes, navets, pommes de terre, du sainfoin pour les chevaux, des chênes… mais on avait toujours peur du mauvais sort: l’orage de grêle, la sécheresse, le vent, un accident de machine ou d’homme! Tout cela il fallait le prévoir, avoir de l’argent de côté pour les mauvais jours, les récoltes maigres, les ventes difficiles.. ». Sans oublier les vignes qui dans les dernières décades ont pris le dessus et enfin les oliviers.

Les premières à disparaitre furent les asperges : la terre avait pris le virus. Les melons arrêtés avant 2000, culture trop dure et plus d’ouvriers pour les ramasser. Puis une année de gel (1986) élimine carottes et navets, il passe aux patates qui bientôt sont achetées trop bas par les grossistes; c’est là qu’il a l’idée comme d’autres de tournées pour vendre au porte à porte vers le nord, les Alpes, Barcelonette par exemple. Mais après quelques années il faut arrêter aussi, car plus de rentabilité. Il reprend son commentaire « le paysan ne fait pas grève, ses produits sont périssables ». Pour compléter les manques à gagner, il avait proposé aux communes alentour de faire l’entretien de leurs chemins; il a fait cela 17 ans! Bientôt il n’y a plus que des vignes dont il développe le rendement. Il les confie en 2003, à sa retraite à ses neveux, puis il plante et garde pour lui une centaine d’oliviers pour s’occuper, et le beau potager pour une production familiale.
Enfin il fait allusion à son don de sourcier découvert sur le tard mais qui lui a bien servi et à quelques autres aussi! Voilà à presque 80 ans Guy a une vie derrière lui pleine et intense, une réussite, une satisfaction qui font de ses récits une belle musique dans nos oreilles!
Mais avec lucidité et tristesse il conclue sur l’avenir de la paysannerie qui lui semble très compromis « les petits viticulteurs réunis en cave coopérative pour produire le vin du pays vont vite disparaitre rachetés par des groupes importants » dit-il; c’est donc sur cette note un peu pessimiste que nous nous quittons pour cette fois!
Car c’est un conteur et il n’aurait jamais fini de raconter les belles histoires de sa vie de paysan d’Ansouis. Merci Guy.
En plus
Ces paroles ont été recueillies par Lionel Guin et Etienne Roueff. Elles sont parues d’abord dans l’écho du patrimoine n°5 de septembre 2018 de l’Ansouisien
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Le rémouleur qui venait du froid …

Voici un conte écrit par Jean-Claude Rey.
Né à Villelaure, le 18 novembre 1937, mort à Pertuis (Vaucluse) le 30 août 2007, Jean-Claude Rey, le conteur du Luberon, était conteur et écrivain.
Ancien journaliste au Méridional-La France, chroniqueur à Radio-France, il a exercé quelques métiers variés avant de retrouver la vocation familiale des conteurs. Il animait des veillées vétu de son chapeau en feutre noir et de sa cape de la même couleur.
Il a écrit une trentaine d’ouvrages sur l’histoire et la culture de notre pays d’Aigues : citons «Ca c ‘est passé en Provence » (3 tomes) , «Le conteur et la colombe » (édition Temps jeunesse) ; «Brèves de conteur» et «nouvelles brèves de Conteur », «tout l’humour de la Provence », « Les mots de chez nous » tous aux Edition Autres Temps.
Lionel Guin et Thierry Fouque
(Les photos illustrant cette chronique sont de Lionel Guin)
Entre 1890 et 1900, il y eut un méchant hiver qui s’abattit sur les contreforts du Luberon.
Le thermomètre de M.Benoit, régisseur du domaine de la Bonde sur le territoire de la Motte d’Aigues, accusa plus d’un matin 15 degrés sous zéro.

vigne sous le neige Puis durant 2 jours, le temps redevint clément.
Mais il neigea en abondance.
Le Luberon avait pris sa figure alpine… Il n’était plus question pour les Cucuronnais d’aller veiller à Auribeau en empruntant nuitamment les sentiers des combes sauvages.
La vie s’arrêtait dans le froid et la neige.
M. Benoit était ravi de voir tomber la neige… Elle allait confortablement réalimenter l’étang et assurer à la source du Mirail assez d’eau pour les cultures environnantes….
Mais pour l’heure, l’étang, avec ses 320 éminées[1] prises par la glace et recouvert de près de deux pieds[2] de neige, ressemblait à une vaste plaine.
M. Benoit, ce matin là, considérait cette impressionnante étendue immaculée, depuis la terrasse dominant le plan d’eau.
Un léger soleil perçait les nuages et avivait la blancheur du paysage.
Le régisseur allait retourner dans le château pour vaquer aux intérêts de M. Fanes, le propriétaire du domaine, mais s’arrêta dans son mouvement…
Il venait d’apercevoir un point noir sur la neige de l’étang, loin là-bas en direction de Cabrières d’Aigues.
Le point noir se déplaçait …. M. Benoit caressa un instant l’idée qu’il s’agissait d’un sanglier venu du Luberon, mais il ne s’agissait pas de cela.
La silhouette se précisait… Elle approchait du château. Et c’était un homme.
Malgré le froid, M. Benoit en eut une sueur.
Un piéton sur l’étang où la neige cachait la glace peut-être friable… Cet homme allait sûrement à la mort en approchant du centre du plan d’eau.
M. Benoit alerta sa famille.
– Venez voir, il y a un fou sur l’étang…il va faire craquer la glace sous ses pas …. Préparez des cordes, la barque, des couvertures.
Ainsi fut fait. Le piéton avançait toujours sur la neige et, sans le savoir, sur dix mètres d’eau gelée.
Il arriva vers le centre de l’étang … Sur la terrasse du château, M. Benoit et ses enfants criaient des avertissements au malheureux qu’on s’attendait sans cesse à voir disparaître dans l’eau noire.
Peine perdue, l’homme répondait aux signaux avec ses bras et continuait d’avancer.
Enfin, le point critique fut dépassé. L’homme était à moins de cent mètres du château et continuait à agiter son chapeau vers le comité d’accueil.
C’était un rémouleur qui venait des vallées de haute Provence chercher du travail et proposer son art aux fermes de la région. Il portait sa meule à pédale sur l’épaule.
On le connaissait peu. Il était sourd comme un escargot… Pas étonnant qu’il n’ait pas répondu aux appels et avertissements.
L’homme avait imperturbablement traversé l’étang gelé. C’était surement un brave.

Plus de rémouleur en 1980 ! simplement quelques curieux pour « tester » la solidité de la glace de la Bonde !!! M. Benoit le complimenta pour son courage. Il répondit après avoir lu sur les lèvres du régisseur : – Oh, moi, il faut bien que je sois courageux. Je gagne ma vie avec mes jambes. Tantôt je marche, tantôt je pédale et j’aiguise à longueurs d’année depuis trente ans déjà. Mais, braves gens, merci pour votre accueil agréable. Je voyais vos signes de bienvenue depuis le milieu de la plaine que je viens de traverser.
L’homme avait traversé l’étang glacé et enneigé en croyant marcher sur une plaine. On se fit répéter la fin de la phrase. Le rémouleur répéta : – Oui, du milieu de cette plaine, vos signes amicaux me permettaient de moins sentir mes pieds froids. Mais dites-moi, monsieur, c’est un beau champ. Il fait au moins ses 200 éminées. Peut-être même 300 à vue d’oeil. Dommage que ce soit si plat. Ce terrain doit vous poser des problèmes pour l’arrosage.
[1] La surface de l’éminée est de 625m2. Cette mesure traditionnelle équivaut au terrain pouvant être ensemencé par le grain contenu dans une émine, mesure de volume.
[2] Le pied égale environ 30 cm.
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Assemblée générale 2022

Vous trouverez ci-joint le compte rendu de l’assemblée générale 2022 d’Ansouis Patrimoine tenue le 28 avril 2022.
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Assemblée générale 2021

Vous trouverez ci-joint le compte rendu de l’assemblée générale 2021 d’Ansouis Patrimoine tenue le 14 octobre 2021.