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Pistachié

La crèche provençale, c’est la naissance de Jésus en Provence sous Louis-Philippe. Nous ne sommes plus en Palestine au Ier siècle de notre ère, mais en Provence avant la Révolution industrielle. Aux personnages traditionnels de Noel, Marie, Joseph, les bergers et les rois mages, il faut ajouter tous les habitants du village, les petits saints, (santoun) portant leur cadeau au nouvel enfant. Certains ont acquis une identité grâce aux pastorales, ces pièces de circonstance dont l’une des plus anciennes est celle écrite par Antoine Maurel, créée en 1844. On y rencontre entre autres Roustido le vieux propriétaire, Pimpara l’amouliaire (rémouleur), Jourdan et Margarida et donc Pistachié. Les mésaventures de ce dernier font l’essentiel de l’action des trois premiers actes de la Pastorale.
Pistachié se reconnait à son bonnet de nuit. Il porte deux paniers, une morue salée et une pompe à huile. Ce sont les cadeaux du pauvre. La morue est un poisson séché que l’on peut manger dans la Provence intérieure. La pompe, c’est un peu de farine, d’huile, et de sucre. Pistachié est le valet de ferme, un costaud qui aide le chef de famille à mener les terres. Antoine Maurel en a fait un poltron et un ivrogne, mâtiné de grand fainéant. Assez naïf et un peu niais, il accepte de vendre son ombre au Boumian. Il a la réputation de courir les filles d’où son surnom. En effet, la pistache est un fruit qui passe pour être aphrodisiaque. « En Provence, un pistachié est un vert galant, un homme intéressé par les femmes [..] Le pistachié a toujours quelques mots à double sens à servir à une femme. C’est une forme de galanterie appuyée qui n’est jamais repoussée, car le langage à double sens permet l’interprétation sexuelle ou non. » (Jean-Claude Rey, cité par Jean-Max Tixier)
Des Pistachiés il y en a partout à Ansouis dans les anciens temps. Dans une ferme il y a souvent deux hommes, le chef de ménage et un autre qui l’aide aux travaux des champs. Cet autre peut être un fils, un gendre, un neveu, un frère. Mais s’il n’y a pas dans la famille d’homme en âge de travailler, il y a un domestique agriculteur, autrement dit un valet de ferme. Dans le recensement 1911, à coté du chef de famille paysan, il y a 40 fils ayant dépassé l’âge de l’école (13 ans à l’époque), 13 membres de la famille (gendre, père, frère, etc), et 13 valets de ferme.
Celui-ci n’a pas trop son mot à dire dans la conduite des affaires, le suffrage universel masculin ne s’impose qu’avec la Troisième République après 1870. En faisant de lui un nigaud un peu idiot, Maurel justifiait le peu de considération pour Pistachié.
Mais pour moi, le Pistachié, c’est d’abord Abel Curnier.
Abel François Curnier est né à Bédouin, au pied du mont Ventoux le 23 mai 1870. Il est le fils de Jean Curnier et d’Adèle Laugier. Son père meurt dès l’année suivante à l’âge de 23 ans. Sa mère se remarie en 1877 avec un paysan plus âgé qu’elle, Bernard Reynard (ils ont 17 ans d’écart). Elle lui donne un fils, Frederic en 1879. Abel reste dans cette famille jusqu’à ses 20 ans, puis il part, laissant la place pour son demi-frère.
Il est petit (1m59), de constitution plutôt chétive. Le conseil de révision le place dans la réserve. Mais les photos qui nous restent de lui montrent un homme gai, avec un perpétuel sourire en coin. Il mène pendant sa jeunesse une vie errante, d’un village à l’autre, d’un métier à l’autre. En 1893 il est à Ansouis, en 1894 à La Tour D’aigues, en 1895 aux Beaumettes à coté de Sault, en 1899 à Carpentras[1]. Il se fixe un temps à Carpentras, où il est présent aux recensements de 1906 et 1911, avant de revenir à Ansouis au recensement de 1921. Sur son livret militaire il est cultivateur. Sur son acte de mariage en 1894 il est cantonnier, au recensement de 1906 journalier, à celui de 1911 gérant d’épicerie, en 1921, coursier.

l’encyclopédie socialiste d’Abel Curnier Il a les idées politiques et sociales assortie. Dans la maigre bibliothèque qu’il a laissée, il y a neuf volumes d’une « Encyclopédie socialiste, syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière » (l’ouvrage complet faisait 12 volumes). L’ouvrage est publié sous le patronage de Adéodat Compère-Morel, député SFIO du Gard de 1909 à 1936. Il encourage à passer à l’action pour obtenir la collectivisation des moyens de production, et pour échapper à la condition misérable que la propriété individuelle laisse aux travailleurs.

le massacre des communards sur le mur des fédérés « Ces journaliers agricoles, ces valets de ferme, savent fort bien qu’avec les salaires de famine qui leur sont alloués, ils sont condamnés à vivre misérablement jusqu’à la fin de leurs jours dans l’enfer du salariat. Ils savent que même si le « bon patron », le « bon propriétaire » n’étaient pas des mythes éclos dans des cerveaux embrumés de gens bien intentionnés, qui ne veulent pas voir que le travailleur doit compter avec les réalités et non avec leurs désirs, ce « bon propriétaire », même s’il le voulait serait impuissant à récompenser la bonne volonté et l’esprit d’initiative des salariés. »

La famille Girard devant la fontaine à Martialis : de gauche à droite, Malvina Cazal, la nièce, Thérèse Devaux, la mère de Philippine, Frédéric Girard, le chef de famille, Philippine Girard-Caste, son épouse, Gabriel Borel, le valet de ferme tenant le cheval de l’exploitation. D’après la tradition familiale, lors de son passage à Ansouis, il a travaillé à la ferme de Martialis. Son passage a du être court, car il n’est visible sur aucun document. Sans doute, a-t-il travaillé pour la moisson ou la vendange. C’est que la place de valet de ferme permanent est occupée par un certain Gabriel Borel. Mais au passage, il a tapé dans l’œil de la fille du domaine, Malvina Tulle Cazal. Celle-ci est la nièce des propriétaires, Frédéric et Philippine Girard. Les deux jeunes gens se marient à Cucuron le 4 avril 1894. Ils vont avoir deux enfants, Marcel en 1900, et Marthe en 1903.

Abel et Malvina, devant eux, Marthe et Marcel En 1919, suite à un accident de voiture d’après la tradition familiale, Frédéric et Philippine décèdent.
Avant de mourir, Philippine a le temps d’écrire ses dernières volontés. Le couple n’ayant pas eu de descendance, elle va tout laisser aux enfants de Marie Cazal, sa belle-soeur. Elle donne au garçon, Cyr, un terrain en bordure de la route de Villelaure et un autre au Praderet, à Marie une maison sur le Boulevard des Platanes à Ansouis, et à Malvina le domaine de Martialis. Ce dernier leg comprend une partie du Château qui a été divisé, une grande terre à blé face à la bastide de la Pourette, un morceau de vigne sur la pente de la colline face au château, le Triangle, un bout de forêt derrière la vigne et un pré au pied de la Colline au sud. Héritage qui s’expliquerait par le fait de Malvina a aidé Philippine à s’occuper de sa mère, Thérèse Devaux qui vivait avec elle.
Voila donc Abel le Pistachié devenu Roustide, le propriétaire. Il n’est pas vraiment riche, mais il n’a jamais eu autant de biens. Il a même un valet de ferme, Marcel Giraud qui habite avec son épouse Madeleine dans l’appartement qui jouxte celui du propriétaire.
Le gendre d’Abel, Antonin Fouque, comptable conservateur et bon catholique, pourra se moquer de ce révolutionnaire de café du commerce, devenu propriétaire.
Mais je l’imagine bien attelant Nenette, la petite ânesse à la jardinière, et amenant Malvina à messe. Celle-ci, fervente chrétienne, monte à l’église pour assister à l’office, et reste un moment pour saluer le curé et Madame la Duchesse. Pendant ce temps Abel sirote un apéritif au bar des Sports en surveillant Nenette, pour montrer qu’il n’a pas trop changé d’idées.
On m’a fait remarquer que c’était un poncif un peu éculé. Mais il peut y avoir une certaine vérité à ces clichés. Abel, comme le Pistachié, dit quelques chose de la sociologie historique de de nos villages.
Pour en savoir plus
Encyclopédie Socialiste (ouvrage collectif sous la direction de Compère-Morel et Jean-Lorris. éditeur Quillet 1912)
Jean-Max Texier : La crèche et les santons de Provence (Aubanel 2000)
Crédits
Texte de Thierry Fouque
Photos collection famille Fouque
Dessin du mur des fédérés dans l’Encyclopédie Socialiste
recensements aux Archives départementales du Vaucluse (publiés en ligne)
Santon de l’atelier Fouque
[1] Livret militaire matricule 1577 classe 1890 (archives départementales du Vaucluse accessible en ligne
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Les compagnons d’armes, Gaston Clapier, Paul Carbonnel, Charles Giraudon et Albert Barnouin

Plus terrible que l’onde aux vagues déchainées
La guerre en vrai fléau foule nos destinéesComme Albert Point dont nous avons déjà raconté l’histoire, ils sont morts en août 1914 dans les premiers jours de la guerre. Voici leur histoire.
Avant la guerre
Gaston Clapier, Paul Carbonnel, Charles Giraudon et Albert Barnouin sont cultivateurs, fils de cultivateurs. Gaston Clapier, Charles Giraudon et Albert Barnouin sont nés à Ansouis, respectivement en 1884 pour les deux premiers et en 1891 pour Albert. Paul Carbonnel est né à la Motte d’Aigues en 1889.
Carbonnel et Giraudon se sont mariés avant la guerre, Giraudon avec Augusta Sarlin le 29 août 1908 à Ansouis ; il habite avec son épouse au quartier de Soulières lors du recensement de 1911. Carbonnel se marie à Ansouis, le 17 novembre 1912 avec Georgette Pin.
Gaston Clapier, Paul Carbonnel et Charles Giraudon ont fait leur service militaire au 58ème Régiment d’Infanterie (58ème RI) comme beaucoup d’habitants du Vaucluse. Albert Barnouin a été mobilisé le 10 août 1913. Il a incorporé le 4ème régiment de zouaves, une unité coloniale, cantonnée à Tunis. Il est toujours sous les drapeaux à la déclaration de guerre.
Dans la guerre avec le 58ème RI
Gaston, Paul, et Charles rejoignent le 58ème RI dès la mobilisation générale et suivent l’odyssée du 58ème racontée dans la chronique d’Albert Point.
Le 10 août le régiment entre dans la Lorraine annexée par les Allemands. Gaston Clapier disparait le 11 août 1914 lors des premiers combats à Lagarde.
Le régiment continue à avancer vers Dieuze. Paul Carbonnel meurt le 20 août 1914, lorsque l’artillerie et les mitrailleuses allemandes finissent de désintégrer le 58ème RI.
Ce qui reste de troupe au 58ème RI reflue alors avec les blessés. Le 25 août 1914, ils sont à Buzy (aujourd’hui Buzy-Darmont) dans le département de la Meuse.
Charles Giraudon meurt alors que Albert Point est capturé. Il est difficile de comprendre ce qui s’est passé ce jour-là. Ni le journal de marche du 58ème RI, ni l’historique du régiment ne parlent de combats à Buzy. En fin de journée le 24 août, ce qui reste du régiment part à la poursuite des Allemands mais le combat n’est pas engagé ni ce jour-là, ni le suivant. Sans doute y a-t-il une courte escarmouche non décrite.
Dans la guerre avec le 4ème Zouaves
Lors de la déclaration de guerre, le régiment de zouaves est coupé en deux. Une partie des troupes est à Tunis avec l’Etat-Major, et une autre partie est à Rosny-Sous-Bois en région parisienne. Dans un premier temps, le régiment se regroupe à Rosny. Les troupes en Afrique quittent Tunis le 4 août, traversent la Méditerranée à partir d’Alger et arrivent à Rosny le 14 août. Ils font alors route vers le front. Le 22 août, ils sont à Tarcienne, un village de la commune belge de Walcourt. Le 23 août, ils rencontrent les survivants des combats précédents. C’est leur premier contact avec la guerre.
« Au petit jour des isolés et de petites factions passent sur la route. Ce sont des débris des régiments décimés la veille au Chatelet. L’aspect de ces hommes déprimés produit une impression fâcheuse. Quelques officiers s’emploient à empêcher certains de ces militaires (notamment un lieutenant du 74ème) de semer le découragement par le récit de la défaite à laquelle ils viennent d’assister. Les isolés passent et bientôt s’efface l’impression par eux produite un instant tellement est grande la confiance des zouaves et élevé leur moral.[1] »
Les combats commencent dès le matin et vont durer toute la journée, pour finalement voir le régiment devoir se replier en fin de journée devant un ennemi supérieur en nombre et en armement. « Le tir commença vers 7 heures. On riposta. Les batteries du 32° firent dès cette première action l’admiration des Zouaves et c’est alors que s’engagea entre Zouaves et Artilleurs de la 38° une confiance qui ne devait plus disparaître.
Des Hussards ennemis se montrèrent tout d’abord en avant de Gerpinnes. Ils furent arrêtés par nos mitrailleuses. Les colonnes allemandes qui cherchaient à déboucher furent maintenues jusqu’au soir.
Pourtant, à 19 heures, l’ennemi, supérieur en nombre, nous tourne par la gauche. Il faut songer à un repli, abandonner le talus provisoire édifié la veille et se reporter en arrière sous une fusillade violente qui bientôt part des premières maisons de Tarcienne.
Les habitants épouvantés fuient en tous sens, gênent notre mouvement déjà si difficile. Beaucoup d’hommes tombent, néanmoins le repli se fait en bon ordre.
On se retire en direction de Somzée.
Pour échapper aux balles, par instant, les Zouaves arrachent aux meules des gerbes de blé et s’en servent de boucliers. Ces gerbes mouvantes tombent, rougissent de sang, mais beaucoup se relèvent, bondissent, se couchent pour rebondir encore et peu à peu les sections se reforment Les mitrailleuses du Lieutenant Helbert (4ème bataillon) continuent à tirer jusqu’au dernier moment. Cet officier, qui, seul fera toute la campagne avec le régiment, n’échappe à la mort en cette première circonstance que grâce à son énergie el à son sang-froid. Blessé légèrement, empêtré dans une clôture en fil de fer, il parvient à se décrocher juste à temps pour éviter le coup mortel que l’ennemi ajuste à quelques pas de lui. Il peut enfin rejoindre le reste de sa section avec la mitrailleuse qui vient de faire tant de mal à l’assaillant.
Tous ne l’ont pas pu, et le soir au bivouac installé dans les champs qui avoisinent Laneffe, il y a des absents.[2]»
Albert Barnouin ne verra pas la suite, il est mort ce jour-là d’après son acte de décès.
Après le combat
Les journées du 20 au 24 août 1914 constituent un pic de violence. 40 000 français meurent au combat, avec un sommet à 27 000 morts le 22 août[3]. Ce jour là meurent plus de soldats que pendant toute la guerre d’Algérie. Les corps mutilés, défigurés restés sur le champ de bataille sont difficilement reconnaissables. L’armée a autre chose à faire que de reconnaitre les morts et de les enterrer. Les journaux de campagne des régiments essaient de donner le nombre de morts, information importante pour savoir si l’unité militaire est encore opérationnelle, mais ces morts sont anonymes.
La reconnaissance de la mort prend du temps. La mort de Charles Giraudon est confirmée par un jugement du tribunal d’Apt du 20 février 1917, 3 ans après. Celle de Paul Carbonnel est reconnue par le même tribunal le 20 avril 1920. Albert Barnouin est reconnu décédé le 9 février 1921. Le cas le plus étrange va être celui de Gaston Clapier. Son livret militaire le désigne disparu le 11 août. Toujours d’après le livret, sa mort est confirmée par une source allemande, une note retrouvée le 21 septembre 1915. Mais sur la fiche de décès écrite le 1 décembre 1920 toujours par le Tribunal d’Apt, il est déclaré mort entre le 20 et le 27 septembre 1914 à Saint Mihiel dans la Meuse.
En attendant les épouses ne peuvent pas se remarier, les héritages ne peuvent être versés, les aides pour les enfants ou les familles ne peuvent être versée.
Au recensement de 1921, Georgette Carbonnel, l’épouse de Paul est retournée dans sa famille. Augusta Giraudon, la veuve de Charles, habite Place des Hôtes dans le village. Elle est journalière, autrement dit ouvrière engagée et payée à la journée. Sa vie matérielle devait être difficile.
Tous ces hommes sont sur la plaque dans l’église et sur le monument au mort. Paul Carbonnel a une plaque personnelle sur la tombe de famille dans le cimetière d’Ansouis (elle fait l’illustration d’en-tête de cette chronique, ainsi que la devise en exergue).
Crédits
Texte de Thierry Fouque.
Photo de la plaque au cimetière par T.Fouque,
Lors de la préparation des cérémonies du centenaire en 2014, l’Amicale des Anciens Combattants d’Ansouis avait recensé les soldats sur le monument, établi leur date de naissance, et retrouver leurs régiments. Cette base de travail a facilité la recherche dans les archives.
Livrets militaires, actes d’états civils, recensements sortis des archives départementales du Vaucluse (AD84)
Journaux de marche et fiches de décès extraits de Mémoire des hommes (base numérique du Ministère de la Défense)
Historique des régiments dans la base Gallica (base numérique de la Bibliothèque Nationale de France)
[1] Journal de marche du 4ème régiment de zouaves (base « Mémoire des hommes » du ministère de la défense)
[2] Historique du 4ème Zouave (base Gallica)
[3] Préface de Stéphane Audouin-Rouzeau au livre de Jean-Michel Steg « Le jour le plus meurtrier de l’Histoire de France 22 août 1914 » (Fayard 2013)
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Yves Barnouin le maçon combattant

Yves Barnouin a été une figure essentielle des Anciens Combattants d’Ansouis, vice-président puis président des anciens combattants d’Ansouis, toujours présent à nos côtés. C’est aussi un ansouisien de vieille source qu’il faut connaître.
Yves nait le 28 juin 1932 de Angèle et Fernand Barnouin qui habitent alors dans la rue Grande. Les Barnouin sont une vieille famille ansouisienne. L’arrière-grand père était déjà agriculteur sur la commune. La famille venait de Malaucène sur les pentes nord du Ventoux. Fernand a créé une petite entreprise de maçonnerie en 1936.
Yves suit ses études jusqu’au certificat d’étude puis entre comme apprenti dans l’établissement de son père. Le 1 mai 1953, il est appelé au service au 8ème Dragon en Allemagne. Mais au conseil de révision, il avait été déclaré inapte à la marche et au sport. Il est donc envoyé dans les services auxiliaires. Il est adressé pour faire un stage d’infirmier. Mais les animateurs ayant fait toutes les sessions du stage avec une activité physique qu’il ne peut pas faire, ce stage n’est pas validé. Il est cependant envoyé à l’infirmerie, où après lui avoir fait faire une dictée, il est nommé secrétaire. Il reste dans ce poste pendant tout son service, à Saarburg à proximité de Trèves. Il est enfin renvoyé dans ses foyers le 30 octobre 1954.

le soldat Barnouin Yves reprend alors l’entreprise familiale, son père ayant dû arrêter du fait de problèmes de santé. Mais, à sa grande surprise, il est rappelé pour servir en Algérie le 18 avril 1956 . Il est affecté aux transmissions au Deuxième Régiment d’Infanterie Coloniale (2ème RIC). Cette unité est essentiellement composée d’habitant de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il y avait beaucoup de marseillais, de toulonnais, de niçois, quelques parisiens malgré tout. Il va passer les huit mois dans la région d’Aïn Témouchent dans l’Ouest de l’Algérie. Son unité migrait régulièrement de fermes et en fermes. La compagnie assurait des opérations de maintien de l’ordre. Peu d’accrochages avec les fedayins et peu de blessés. Mais le séjour commence par la mort de 2 appelés. Le commandant de l’unité en pleure. C’était un homme près de ses soldats. Lors de la séance de la toilette du matin, les hommes faisaient la queue avec leur casque pour avoir de l’eau pour se laver. Le commandant acceptait de se mettre dans la queue avec ses hommes. Son adjoint était moins civil. Il demandait à Yves de prendre son casque pour lui ramener de l’eau. Le jeune troufion passait devant la file avec le casque de son capitaine, malgré les regards désapprobateurs des autres.
Entretemps deux autres soldats sont morts lors de l’attaque d’une ferme. Celle-ci était occupée par des fedayins qui reçurent avec des armes des soldats français. Finalement ses supérieurs nomment Yves Barnouin 1ere classe, son nom passant sur le dessus de la liste. Enfin le 16 novembre 1956, il est démobilisé et retrouve son métier de maçon à Ansouis.

Le vignoble d’Ain Temouchent en 1952 La période est celle où le village se repeuple et se reconstruit. Il y a beaucoup de travail pour un maçon, et il fait finalement peu de chantier en dehors de la commune. Il habite rue du petit portail, là où se trouve maintenant le santonnier du village, M. Galli. Pendant 40 ans il fera des réparations au château, en particulier en changeant toutes les fenêtres. Il travaille aussi à Martialis en 63-64 à la demande de Marthe Fouque-Curnier ; Venu pour nettoyer les gouttières, il remplace le poêle, bouche la cheminée pour éviter la fumée dans la cuisine.

1969 état d’une maison d’Ansouis avant la reconstruction de la fin du XXe siècle En 1963, il épouse Josyane avec qui il aura 2 filles. En 1982, ils s’agrandissent en construisant une villa au quartier du Praderet. La place commençait à manquer rue du petit Portail pour l’habitation et pour l’entreprise.
Parallèlement, Yves s’implique dans la vie de la communauté d’Ansouis. Avec quelques jeunes amis (ils ont la vingtaine), il participe à la refondation de la Fauvette, la société de chasse d’Ansouis qui s’était arrêté pendant la guerre. Il est aussi à l’association de la pétanque, enfin il entre au conseil municipal avec son ami Paul Allemand en 1971. Il participe à la fondation d’une Amicale des donneurs de sang. Lorsque Paul prend la place de maire en 1975, Yves accepte de l’accompagner et devient adjoint au maire pendant trois mandats.
Il n’y avait pas d’association d’anciens combattants à Ansouis. Le village était petit, et ceux qui voulaient maintenir la camaraderie des combattants pouvaient aller à l’Association de Cucuron. En 1953, Maurice Molard arrive à Ansouis et achète une maison rue Basse. Le temps passe et Maurice propose en 1977 à quelques amis dont Yves de fonder l’Amicale des Anciens combattants d’Ansouis. Il y a là aussi Monsieur Establet et Monsieur Chanaud. Yves devient tout de suite vice-président. Maurice a toujours son habitation principale à l’Isle-sur-Sorgue, et il se sert d’Yves comme correspondant sur place (même s’il vient tous les lundis à Ansouis).
En 1992, Yves prend sa retraite et cède une partie de son activité et de son matériel à un neveu. Il a quitté le poste d’adjoint à la mairie en 1989, en même temps que Paul Allemand.
En 1996, Maurice Molard décède à la suite d’un accident de la route à Cheval Blanc, en revenant d’Ansouis vers l’Isle sur Sorgue. Yves devient président, accompagné par Maxime Fouque, Vice-Président (celui-ci avait pris sa carte d’ancien combattant dès son arrivée à Ansouis en 1988).
Enfin en 2019, il cède la place de président de l’Amicale à Pierre Bohringer, et la même année il quitte Ansouis pour s’installe aux Jardins d’Antine à Pertuis. Mais encore bon pied, bon œil malgré son âge, il continue à suivre les activités de l’Association.

Les dirigeants d’Associations d’Anciens Combattants du Sud Luberon en 2014. Yves est au deuxième rang à gauche, derrière le président de Vaugines, son trésorier Jean-Paul Martin à coté (décédé depuis), au premier rang à l’extrême droite Guy Bommarrito. Parmi les autres présents au milieu au premier rang Mme Janine Grange, derrière elle le président de Pertuis, au dernier rang à l’extrême droite M.Montauban, président de l’association de Cavaillon, devant lui Guy Simiand de Cucuron, à leur gauche Rampal de la Tour d’Aigues, encore à gauche au fond au dernier rang à sa gauche Dumond, l’ancien président de Pertuis Crédits
Photos d’Yves et des responsables des Associations d’Anciens combattants de la région : collection personnelle d’Yves Barnouin
Photo d’Ain Temouchent : Atlas photographique d’Algérie au XIX Congrès géologique international Alger 1952
Vue du sud-est de la maison du Saint-Esprit. (c) Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général- Gérard Roucaute, 1968 IVR9319688400971Z
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L’aire

Devant chaque ferme de notre Pays d’Aigues, vous verrez ces gros rouleaux de pierre abandonnés. Ils sont souvent à côté d’une surface plane. C’est l’aire de battage de la ferme, là où l’on séparait le grain et la paille.
Contrairement à ce qui est souvent entendu l’agriculture ne commence pas par le labour de la terre et les semailles du blé. Les tribus de chasseurs-cueilleurs savaient bien que s’ils mettaient les graines en terre, elles germeraient, et que s’ils avaient remué la terre avant, les graines germeraient plus facilement. Dans toutes les forêts, les steppes et les savanes fréquentées par des humains, la part des plantes consommables est importante.
Par contre, le battage est le signe d’une nouvelle étape de l’histoire humaine, du passage du monde des chasseurs-cueilleurs aux agriculteurs, étape qui arrive par un très lent processus de transition.
Lorsque les chasseurs-cueilleurs cueillent des graminées, ils choisissent les graines qui sont encore sur la tige de la plante. Ils ont bien compris que le grain tombé en terre n’est pas sain à manger. Ils séparent ensuite la paille et le grain, en faisaient deux tas des grains, l’un destiné à la consommation, l’autre à être semé et remis en terre[1].

céréales à Ansouis Le fait de choisir systématiquement des graines accrochées à la paille constitue une forme de sélection. Seuls sont semés les grains qui, à maturité restent accrochés à la tige. Au bout de quelques années, voire quelques siècles de sélection, la plante est génétiquement modifiée. Jamais les grains ne tombent naturellement au sol pour germer. Il faut l’intervention de l’homme pour séparer le grain et la paille, puis le semer.
L’autre intérêt de cette sélection a été de ne conserver que des grains contenant du gluten, c’est-à-dire les protéines qui permettent de faire lever la pâte, et donc de produire du pain. Enfin on ne gardait que les plants qui avaient beaucoup de grains accrochés à la tige. Le blé, première céréale obtenue par cette sélection, a permis de nourrir des populations plus nombreuses que le seul apport de la chasse et de la cueillette.
Il y avait donc une symbiose entre l’homme et la plante. Pour nourrir les villages qui apparaissaient, il fallait du blé, pour semer du blé, il fallait des humains. Cette symbiose est apparue au Proche-Orient, quelque part du côté de Bassora en Irak il y a environ 9000 ans avant notre ère. Dans d’autres régions du monde, le même processus lent de sélection fit apparaître le riz, le maïs, le sorgo.

L’aire avec le mat de battage au centre devant la ferme de Martialis – photo des années 30 Le battage, l’opération consistant à séparer le grain et la paille, était donc au cœur du processus de fabrication de la nourriture. Cette opération, dite aussi dépicage se faisait au moyen de grands fléaux avec lesquels on battait le blé, puis toutes les céréales que l’on cultivait (seigle, orge, avoine, etc.). Les cultivateurs passèrent ensuite au foulage, consistant à piétiner le blé pour faire la séparation, ou le faire piétiner par des animaux, et pour finir, passèrent au foulage au rouleau[2].
Celui-ci se faisait sur l’aire de battage, une surface plane, dure (on renforçait le sol en l’empierrant, voire en faisant une véritable calade).

opération de battage au début du XXème (photo Deydier) Au milieu on plantait une sorte de mat, auquel était accrochée une corde à laquelle on attachait un équidé, cheval, mulet ou âne. Celui-ci tirait un chariot auquel était accroché le rouleau. Les céréales à battre étaient disposées sur l’aire, et l’animal se mettait à tourner autour du mat en tirant le rouleau, celui-ci broyait les plantes séparant ainsi le grain. La corde s’enroulait sur le mat, attirant progressivement l’animal vers le centre de l’aire. Lorsque la corde était complètement enroulée, on retournait l’attelage pour refaire l’opération à l’envers. Lorsque le grain était séparé, on enlevait la paille avec de grandes fourches en micocoulier . Enfin les cultivateurs pouvaient ramasser le grain et le mettre dans des sacs pour l’emmener au moulin.

battage du blé avec une batteuse Le battage et le foulage ont disparus entre la fin du XIXème et le XXème siècle. On commença en utilisant des machines de battage, pour, en définitive, en venir aux moissonneuses-batteuses d’aujourd’hui.
Mais en vous promenant dans la campagne vous verrez ces rouleaux, souvent derniers vestiges du patrimoine agricole.
Crédits
Photos collection Thierry Fouque et ansouis Patrimoine sauf la troisieme photo collection Marc Deydier
[1] Voir sur cette partie Eric Birlouez La Civilisation du blé (2002- Phare international)
[2] Sur cette partie voir, Elie-Marcel Gaillard les blés de l’été ! au temps des aires (1997-Alpes de Lumières)
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La crèche d’Ansouis

Bonnes fêtes à tous
Ce message vous trouve sans doute en train de finir la crèche, de placer les santons, d’aller chercher encore un peu de mousse et de branches dans la colline.
Pour vous donner des idées regarder la crèche de l’église d’Ansouis. Admirer ses santons, la Sainte Vierge, Joseph, le berger, l’ange, les rois mages et tous les autres.
Remerciements.
Et merci à tous les bénévoles qui chaque année se dévouent pour que nos crèches soient les plus belles possible.
Diaporama










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Maître Galli santonnier

Vous êtes sans doute en train de préparer votre crèche pour Noël. Vous avez sorti la boite aux santons, dégagé du papier de soie Marie et Joseph (le petit Jésus attendra Noël), le bœuf et l’âne, les bergers (les rois mages attendront l’Epiphanie) et les autres petits personnages. C’est là que vous vous apercevez qu’il manque un santon, que l’un d’eux est cassé. Allez chez maître Galli, le santonnier d’Ansouis.
Daniel GALLI rencontre l’argile, cette terre rouge de Provence dès 8 ans. C’est dans les collines du Puy-Sainte-Réparade que Daniel modèle ses premiers santons.

tuiles santon signées Paul Fouque A 17 ans, il rencontre Paul Fouque, maître santonnier à Aix-en-Provence qui va déclencher sa vocation. Celui-ci l’entraine au salon des santonniers à Arles et c’est l’émerveillement devant la profusion de créations qu’il y découvre. Paul Fouque vient de conquérir le titre tant convoité de Meilleur Ouvrier de France et est au sommet de son art. De quoi motiver Daniel qui se promet de réussir un jour ce concours qui est la consécration suprême pour un artisan d’art. Il y parviendra en 2004. Son regret sera que Paul Fouque, disparu peu de temps avant, ne puisse assister à sa consécration et apprécier le chemin parcouru depuis sa première installation à Venelles en 1977.
A l’époque, il est artisan à mi-temps, puisqu’il travaille dans la maison Lieutard, les fameux sirops d’Aix en Provence. En 1976, Il achète un pied à terre à Ansouis et en 1981, il ouvre son premier atelier rue basse. La mode est alors aux santons habillés. Il crée de nombreux modèles qui remportent un franc succès. Il participe au salon d’Arles dont il deviendra un habitué.

Le santon habillé passant de mode, il créé de nombreux modèles de décors, notamment des façades, des puits ou des fontaines inspirées de maisons ansouisiennes. Ses santons en terre cuite à peindre sont aussi très appréciés : ils peuvent être cirés ou peints selon le goût de chacun.
A soixante-dix ans passés, il continue à produire, à créer. Il est allé aux salons de Cadenet et de Nîmes. Vous pouvez toujours découvrir ses créations dans sa boutique de la rue du Petit Portail.

Vincent Van Gogh d’après le maître Daniel Galli Crédits
Texte basé sur l’article de Lionel Guin paru dans l’Ansouisien à Noël 2013. La photo de Daniel Galli illustrait cet article.
Santons collection Thierry Fouque. L’oratoire en en-tête de chronique est de Daniel Galli, les deux tuiles santons sont signées par Paul Fouque. Pour répondre à une question qu’on me pose régulièrement, Paul Fouque n’a aucun lien familial avec la famille Fouque de Martialis.

Maître Galli -
Albert Point, instituteur, historien et combattant

Retraçons l’histoire d’Albert Point, instituteur à Ansouis, historien du village et combattant aux premières heures de la Grande Guerre. Ses écrits sont la base de la Chronique des Municipalités d’Ansouis que notre association a publié cette année 2023.
Albert Point avant la guerre
Il nait Albert Hyacinthe Point à six heures du soir le 18 janvier 1885, rue de l’Eglise à Cucuron (Vaucluse). Il est le fils de Marie Boy, vannière, et de Louis Point, charron[1]. La famille ne devait pas être riche car son livret militaire signale qu’il était pupille de l’Assistance Publique du Vaucluse. Il a été retiré à ses parents par un jugement du tribunal d’Apt en date du 17 novembre 1892[2].
Quoiqu’il en soit, on le retrouve célibataire et instituteur dans le recensement 1906 de Châteauneuf-de-Gadagne. Il a le poil noir, les yeux gris, mesure 1m70[3]. Il se marie le 5 septembre 1906 avec Laurence Gimet, couturière.
Le 8 octobre 1906, il s’engage dans l’armée pour trois ans. Il est incorporé au 58ème Régiment d’Infanterie (58ème RI), régiment basé à Avignon[4]. A cette époque les recrutements se faisaient sur une base locale. La plupart des soldats du Vaucluse étaient cantonnés à Avignon. Il passe ensuite au 61ème Régiment d’Infanterie cantonné à Aix en Provence, avant de revenir à au 58ème RI. Finalement il est démobilisé le 8 septembre 1907, à peine un an après son engagement. Est-ce l’armée ou Albert Point qui a décidé cette sortie anticipée ? Cela a dû être fait en bonne intelligence puisqu’il obtient un certificat de bonne conduite (mais pas d’avancement, il restera toujours 2ème classe).
Il a un premier enfant, René Albert, qui nait le 20 octobre 1907 à Saint Saturnin d’Avignon où il est instituteur, puis un deuxième enfant Simone Adèle née dans la même ville le 2 juillet 1909[5]. René Albert a dû décéder prématurément car il n’apparait plus ensuite.
Albert Point arrive comme instituteur à Ansouis le 30 septembre 1910. Il signe ce jour là l’inventaire des mobiliers laissés par son prédécesseur M.Boitelet [6].

La classe des garçons de 1908-9 avec M.Boitelet. Il n’y a pas de photos connues des classes d’Albert Point. Cette photo est avec l’instituteur précédent et sans doute la plupart des élèves qu’aura Albert Point. Il emménage dans le logement de fonction de l’instituteur d’Ansouis où le trouve le recensement de 1911 avec son épouse Laurence et sa fille Simone[7]. Ce logement se trouve rue du Petit Portail dans le même bâtiment que l’école et la mairie. Les archives communales sont là aussi. Curiosité bien placée, il va ouvrir les poussiéreux sacs de jutes dans lesquels se trouvent ces archives. Il entame sur un cahier d’écolier une histoire des municipalités d’Ansouis.

Entrée de la mairie-école d’Ansouis à coté du Petit Portail « La passion pour l’Histoire et la curiosité pour le passé du village d’Ansouis qu’il découvrait l’ont amené à se plonger dans les archives municipales qui étaient à l’époque conservées en mairie. Il épluchait ces lourds et volumineux registres dans lesquels étaient consignés, au fil des années les différents règlements, les élections, tous les événements qui jalonnent l’histoire du village. L’intention d’Albert Hyacinthe Point était de publier cette histoire des municipalités d’Ansouis.[8] »
La bataille de Lorraine
L’ordre de mobilisation générale du 1 août 1914 le trouve là. Il rejoint le 58ème RI à Avignon le 4 août. A partir de là on n’a plus de nouvelle d’Albert Point jusqu’à sa capture par les Allemands. Mais le journal de son régiment permet de suivre son unité, et on n’a pas de raison de penser qu’il ait suivi un itinéraire différent. Sur ces premiers combats de la guerre, voir aussi la chronique sur les compagnons d’armes.
Le 58ème, comme toute la 15ème armée à laquelle il appartient, a été incorporé au deuxième Corps d’armée, commandé par le général Castelnau. Positionné en Lorraine, il a pour ordre d’entrer en Allemagne. Le 10 août, le régiment passe la frontière à hauteur du village de Lagarde. Et le 11 août, s’abat un déluge de feu. « Bombardement intense du 3ème Btn (bataillon) suivi d’attaque de la Garde.
Le Btn, violemment bombardé par de l’artillerie lourde et décimé par des feux de mitrailleurs et d’une infanterie supérieure à la nôtre est complètement anéanti. … Dans l’après-midi le colonel reçoit l’ordre de résister coute que coute et d’organiser la position défensivement (insulte du Lieutenant Antheriat (Etat-major de la 2e DI de cavalerie) vis-à-vis des provençaux.)[9] »

Charge de l’infanterie française L’Etat-Major commence à comprendre que l’avancée en Allemagne sera difficile mais quand le bombardement cesse, il donne l’ordre d’avancer. Avec des combats sporadiques, le 58ème s’enfonce dans le territoire allemand jusqu’au 19 août. L’affrontement reprend alors vers Dieuze. « Dès l’arrivée sur les lisières nord de la forêt, les unités de couverture ouvrent le feu sur des détachements ennemis en marche sur les mêmes lisières. Ces détachements ennemis se précipitent dans des tranchées préparées à l’avance et l’artillerie ennemie entre immédiatement en action alors que la nôtre ne coopère en rien à l’action du 58ème RI…. Le feu concentré de l’Infanterie et de l’artillerie adverses devient formidable. » Pendant les deux jours qui suivent, le combat est intense et désorganise la troupe. Les Français sont rentrés sur un terrain où l’ennemi s’entraine depuis des années et a soigneusement préparé ses positions. Un régiment français, c’est autour de 3500 hommes. A Lagarde le 58ème RI a eu 969 tués. Les 19 et 20 août il perd encore 701 et 1170 hommes [10]. Si l’on ajoute les blessés, les disparus, le 58ème RI est désintégré. Il entame une retraite qui tourne à la débandade, poursuivi par l’armée allemande.
« La calunnia è un venticello »[11]
E il meschino calunniato,
Avvilito, calpestato,
Sotto il pubblic[12]o flagello,
Per gran sorte va a creparL’Etat-major français n’a pas dû être vraiment surpris de cet échec. Les témoignages disent que Joffre, le commandant en chef prend les évènements avec un calme impressionnant. La guerre s’ouvre pourtant dans des conditions difficiles pour la France. « Pour évaluer les capacités militaires des uns et des autres, il faut … raisonner en termes de démographie globale. Le problème fondamental est qu’en 1914 la France comptait 39 millions d’habitants et l’Allemagne 69. En outre, en raison d’une natalité plus vigoureuse, la pyramide des âges allemande était plus favorable avec une plus grande proportion d’hommes jeunes. En 1914, la France compte un potentiel maximal mobilisable de 5 110 000 hommes de 18 à 48 ans, I ‘Allemagne 10 200 000. [13]» A ce déséquilibre, s’ajoutait un déséquilibre industriel. La mécanique et la métallurgie allemande étaient largement supérieures à celles de la France. Les alliances auraient dû rééquilibrer la balance. Mais la Russie n’a pas les capacités logistiques nécessaires. La France avait réussi en deux semaines à mettre 1 million d’hommes équipés de pied en cap sur la frontière, exploit dont est incapable l’armée russe. L’Angleterre a la première marine du monde, mais elle n’a quasiment pas d’armée de terre. Elle a simplement un petit corps expéditionnaire qui pèse peu dans ces premiers jours. Il faudra attendre la conscription et la bataille de la Somme en 1916 pour qu’elle joue un rôle dans les combats terrestres. Les deux principaux alliés laissent donc l’armée française seule face à un adversaire supérieur en nombre. Pour compenser tout cela, le haut commandement avait imaginé de bousculer l’adversaire en attaquant les premiers, en misant sur la « furia francese », la fameuse impétuosité française bien connue depuis les guerres d’Italie au XVIe. Cette stratégie dite « de l’attaque à outrance » était un pari. Il est perdu dès les premiers jours du conflit. Il faudra la désorganisation des troupes allemandes dans la poursuite des Français, pour permettre la victoire de la Marne. Ensuite l’enterrement dans les tranchées rééquilibrera les forces.
Mais tout cela n’a été expliqué ni à la population ni aux politiques. Adolphe Messiny le ministre des Armées se trouve devant un message difficile à faire passer. C’est lui qui a nommé Joffre en 1911. Messiny est un républicain convaincu. Ancien général, il avait dû démissionner de l’armée car il ne croyait pas à la culpabilité de Dreyfus. Il a choisi Joffre parce qu’ils partagent les mêmes idées politiques. Il a défendu devant le parlement la stratégie de l’attaque à outrance. Il lui faut donc trouver une autre explication de ce désastre.
Le 24 août 1914, le journal le Matin publie un article signé du sénateur Auguste Gervais et inspiré par De Messiny :
« LE RECUL EN LORRAINE
L’inébranlable confiance que j’ai dans la valeur de nos troupes et la résolution de leurs chefs me donne la liberté d’esprit nécessaire pour m’expliquer sur l’insuccès que nos armes viennent de subir en Lorraine.
Un incident déplorable s’est produit. Une division du 15° corps, composée de contingents d’Antibes, de Toulon, de Marseille et d’Aix, a lâché pied devant l’ennemi. Les conséquences ont été celles que les communiqués officiels ont fait connaitre. Toute l’avance que nous avions prise au-delà de la Seille, sur la ligne Alaincourt, Delme et Château-Salins, a été perdue ; tout le fruit d’une habile combinaison stratégique, longuement préparée, dont les débuts heureux promettaient les plus brillants avantages, a été momentanément compromis. Malgré les efforts des autres corps d’armée, qui participaient à l’opération, et dont la tenue a été irréprochable, la défaillance d’une partie da 15° corps a entrainé la retraite sur toute la ligne.
Le ministre de la guerre, avec sa décision coutumière, a prescrit les mesures de répression immédiates et impitoyables qui s’imposaient.[14] »
En somme, la défaite s’explique par la lâcheté des provençaux, amateurs de sieste, de pastis et de pétanque. Ils ont saboté l’admirable manœuvre imaginée par le général en chef.
Il y aura de multiples démentis, pendant la guerre ou après. Mais la calomnie laissera toujours des traces. Le 58ème RI reconstitué reprendra le combat. Il se bat jusqu’en 1919 sur le front russe, avant d’être dissous. Pourtant, ce régiment n’aura jamais ni citations, ni croix de guerre, ni médaille militaire.[15]
Que deviennent Albert Point et sa famille ?
Albert a sans doute été blessé le 11, le 19 ou le 20 août. Il doit suivre ses compagnons dans leur retraite, à pied ou en ambulance. Il est finalement fait prisonnier par les poursuivants allemands. Sa capture a lieu à Buzy, à 100 km en arrière de Dieuze le 25 août 1914[16]. Il est transféré à l’hôpital du séminaire de Montigny à Metz. Il y décède de ses « blessures de guerre » le 31 août 1914 et il est inhumé le 2 septembre au cimetière de la garnison de Metz[17]. Il avait 29 ans.

Dans un hopital de campagne Laurence et Simone, sa femme et sa fille, ont dû quitter le logement de fonction d’Ansouis et sont retournées à Châteauneuf-de-Gadagne. C’est là que, cinq ans après, leur est transmis le jugement du tribunal d’Avignon officialisant sa mort, en date du 8 juin 1918. On imagine l’angoisse pendant ces 5 ans où elles sont dans l’incertitude de ce qu’est devenu le disparu. Le 29 avril 1919, Simone a enfin été reconnue pupille de la Nation. Laurence décèdera le 3 avril 1957 à L’Isle-sur-Sorgue ou elle était née en 1883. Simone mourra le 13 septembre 1997 à Avignon.
La mémoire d’Albert Point
Albert n’est pas sur la plaque d’hommage aux morts pour la France dans l’église d’Ansouis. Est-ce qu’il n’était pas un paroissien assidu ? C’est encore l’époque de la querelle des rouges et blancs en Provence. Un instituteur est d’abord un défenseur de la République laïque. Est-ce que tout simplement sa mort n’est pas encore connue lorsque la plaque est gravée ?
En revanche, il est sur le monument aux morts d’Ansouis livré le 31 août 1921, place de la Vielle Fontaine. Il est aussi sur le monument de Châteauneuf-de-Gadagne où s’étaient retirées son épouse et sa fille. Le soldat mort peut être sur un monument pour peu qu’il y ait un lien entre lui et la commune. C’était le cas pour Albert Point qui avait été instituteur dans les deux communes.

Albert Point sur le monument de Chateauneuf de Gadagne Son cahier sur l’Histoire d’Ansouis est resté dans les archives de la mairie. C’est là que Mme Thomas la secrétaire de mairie le trouve et le transmet à Lionel Guin. Celui-ci en écrira un livre avec l’aide de Jean-Claude Bonnet. Il sera publié par Ansouis Patrimoine au début de l’année 2023.
Les anciens combattants ont aussi rendu hommage à Albert Point, à l’occasion de la cérémonie du 11 novembre en 1998. A cette occasion Le président Yves Barnouin prononça ces mots : « Les sacrifices de toutes les générations doivent se traduire aujourd’hui en termes de paix et d’espoir. Nous en appelons à la conscience de chacun, en particulier à celle des jeunes, porteurs d’espérance, pour faire obstacle à la résurgence des démons du passé et poursuivre avec tous la construction d’un monde de paix, de justice et de liberté. [18]»

Albert Point (2ème nom à partir du haut) sur le monument d Crédits
Texte de Thierry Fouque
Photos des monuments aux morts collection Thierry Fouque-Ansouis Patrimoine. La photo d’en-tête présente la statue du monument au mort de Chateauneuf-de-Gadagne.
Photo de classe : collection de la bibliothèque les Millesfeuilles
Documents extraits des Archives Départementales de Vaucluse désignés par le sigle : AD84
Photo de la mairie d’Ansouis (c) Région Provence-Alpes-Côte d’Azur – Inventaire général – Gérard Roucaute, 1970 IVR93_19708400919V
Dessins extraits de l’almanach Hachette éditions de 1917 et 1918
[1] Acte de naissance (AD84)
[2] Acte de mariage dans le registre de Châteauneuf-de-Gadagne (AD84).
[4] Livret militaire (AD84)
[5] Voir registre des naissances de la ville de Saint Saturnin d’Avignon 1903-1912 (AD84)
[6] AD84 E-dépôt Ansouis 1R1 : mobilier et matériel : acquisition et inventaire
[7] Recensement 1911 d’Ansouis (AD84)
[8] Article de presse dans la Provence paru à l’occasion du11 novembre 1998 où un hommage lui fut rendu (archives de l’Amicale des Anciens combattants).
[9] Journal de marche du 58ème RI (site Mémoire des hommes du ministère des armées)
[10] Jean Giroud et R&M Michel Les monuments aux morts dans le Vaucluse (1991 éditions Scriba)
[11] « la calomnie est un vent léger » (air de la Calomnie dans le Barbier de Séville de Rossini, livret de Cesare Sterbini)
[12] « Et le pauvre calomnié, Humilié, piétiné Sous le fléau public, Par grand malheur s’en va crever. » (ibid.)
[13] Jean-Michel Steg Le jour le plus meurtrier de l’histoire de France : 22 août 1914 (2013 Fayard)
[14] Serge Truphémus Vaucluse 14-18 (2017 C’est-à-dire édition). Voir aussi sur ce sujet Maurice Mistre La légende noire du 15ème corps (2009, C’est-à-dire édition).
[15] Jean Giroud et R&M Michel Les monuments aux morts dans le Vaucluse (1991 éditions Scriba)
[16] Livret militaire d’Albert Point (AD84)
[17] Ibid livret militaire
[18] Article de presse paru dans la Provence à l’occasion du 11 novembre 1998 (archives de l’Amicale des Anciens combattants)
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D’Ansouis à Verdun, il faut retrouver le soldat Sola

En 2016, Christian Sola et Didier Bouard sont partis à la recherche des traces de Martin Sola. Ce dernier était vigneron originaire de Boulou dans les Pyrénées Orientales et est passé à Ansouis, Saint Martin de la Brasque et la Bastidonne avant de mourir en 1915 à Verdun.
Martin Sola était vigneron dans le Vaucluse quand le 4 août 1914, 3 jours seulement après l’ordre de mobilisation générale, il a été incorporé à Pont-Saint-Esprit (Ardèche) dans le 255° Régiment d’Infanterie. Peu importait qu’il fût marié et père de 3 enfants, la patrie était en danger. Aussitôt envoyé au front dans la Meuse, il en est miraculeusement revenu indemne lors d’une permission quelques mois plus tard. À l’un de ceux qui l’interrogeaient sur ce qui se passait vraiment là-bas, dans I’Est, il aurait déclaré: « Je n’en reviendrai pas vivant. » Martin Sola a été porté disparu le 7 avril 1915 dans les environs de Verdun. Comme plus de 300 000 autres soldats français, son corps n’a jamais été retrouvé. Il avait 32 ans.

Pas de tombe, pas même son patronyme inscrit sur le monument aux morts de son village – à cause d’un acte de décès rédigé fin 1921 seulement. Le soldat de 2° classe Sola aurait pu retomber dans l’oubli s’il n’avait eu la fiche de décès. Le genre de documents que l’armée a fini par mettre en ligne sur le site Internet Mémoire des hommes, dédié aux «Morts pour la France ». C’est ainsi que Christian Sola, arrière-petit-fils de Martin, a retrouvé sa trace parmi les 1,3 million d’autres qui ont perdu la vie en 1914-1918. Le journal de son régiment a ensuite permis de retracer avec précision son parcours. Et un siècle plus tard, Christian a fini par charger sa moto pour prendre à son tour la route de Verdun.

Apocalypse.
La départementale qui permet d’atteindre la ville depuis Bar-le-Duc, au sud, ne porte pas de numéro mais un nom : Voie sacrée nationale. Le plaisir d’enchaîner ses courbes au guidon d’une Indian flambant neuve n’empêche pas de repenser sans cesse au rôle stratégique qui fut le sien. Artère vitale d’un saillant qui enfonçait profondément les lignes de l’ennemi, elle était la seule et unique route hors de portée des bombardements-excepté sur les 8 derniers kilomètres. Jusqu’à 90 000 hommes et 50 000 tonnes de munitions et de vivres hebdomadaires transitaient par elle, à raison d’un camion toutes les 14 secondes. Avec pour terminus, de février à décembre 1916, la bataille de Verdun proprement dite.
Cet affrontement fut l’un des plus longs et des plus sanglants de l’Histoire : près de 715 000 victimes, dont environ 379 000 dans le seul camp français où se sont relayés 70 % de nos Poilus. Rares sont donc les familles de vieille souche à ne pas recenser un ancêtre ayant combattu ou péri à Verdun, dont le nom restera à jamais synonyme des souffrances et du sacrifice de toute une génération. Sur quelques dizaines de kilomètres carrés se sont abattus 60 millions d’obus. Un toutes les 3 secondes, 6 sur chaque mètre carré d’un terrain que le temps n’a pas suffi à niveler. La succession ininterrompue de cratères et de tranchées, les villages rasés de Fleury ou d’Ornes, les couloirs suintants d’humidité du fort de Douaumont, l’ossuaire aux 130 000 soldats inconnus, les 16 142 tombes des Français qui ont pu être identifiés ; tout cela glace encore et toujours le sang du visiteur.

La nécropole de Douaumont fait froid dans le dos. Face à l’ossuaire contenant les restes de quelque 130 000 soldats inconnus, sans distinction de nationalité, ont été alignées 16 142 tombes françaises. De quoi réveiller les consciences en ces temps de poussée du nationalisme. Cet enfer, le soldat Sola ne l’a pas connu mais son parcours n’a guère été plus enviable. S’il avait été riche et motard avant-guerre, peut-être aurait-il pu s’offrir l’un des premiers bicylindres Indian importés en Europe ? A son guidon, il aurait sans doute pris beaucoup de plaisir à découvrir le Nord meusien : les bières de Stenay, la citadelle de Montmédy, la cité renaissance de Marville et son incroyable cimetière Saint-Hilaire… Au lieu de quoi il a battu en retraite un peu plus au sud, après avoir connu le baptême du feu le 25 août à Boinville-en-Woëvre. Sous-équipé, crevant de chaud sous sa capote en laine bleu et son pantalon rouge garance, il constituait une cible facile pour l’envahisseur. Mais ses camarades et lui ont fini par repasser à l’offensive courant septembre en Argonne, lors de la première bataille de la Marne.

Enlisement.
La Scout file à travers un paysage verdoyant de champs et de forêts. Ici, pas de col de montagne à se mettre sous les roues, mais aussi faible soit-il, le relief n’est pas négligeable pour autant. Il se compose d’une succession de côtes qui ont souvent fait l’objet d’âpres combats, chacun des belligérants cherchant à dominer l’adversaire pour mieux l’observer et le pilonner… On oublie souvent que fin novembre 1914, la guerre de mouvement était déjà terminée et allait se muer en guerre de position et d’attrition. Ce conflit censé durer quelques semaines s’enlisait, au propre comme au figuré. Martin Sola est quasiment revenu à son point de départ et désormais, la pelle est devenu le supplétif de son fusil Lebel modèle 1886.Les pieds dans la boue, sous la pluie, la neige et le feu de l’artillerie ennemie, il creuse tranchées et abris. Il déroule aussi des kilomètres de ce fil barbelé qu’on reconnaît à l’espacement d’une main entre pointes, pour faciliter sa pose. De l’autre côté de la colline les Allemands en font autant, sinon qu’ils bétonnent leurs tranchées et que leurs barbelés sont plus acérés encore.
Au plaisir d’enchaîner quelques virages en épingles succède la stupéfaction : du haut de ses 346 m d’altitude, sur un peu plus d’un kilomètre de longueur, la crête des Eparges est une succession d’énormes entonnoirs ! Faute de parvenir à gagner du terrain à grand renfort d’assauts meurtriers (Louis Pergaud, auteur de La Guerre des boutons, est mort ici), on a commencé à creuser des galeries de mines sous les lignes ennemies, à les bourrer de 20 à 30 tonnes d’explosif, puis à tout faire sauter. Quasiment au même moment mais une quarantaine de kilomètres plus à l’ouest, la butte de Vauquois a également été le théâtre du même travail de sape. Les Allemands iront jusqu’à accumuler 60 tonnes d’explosif, ouvrant un cratère de 25 m de profondeur et de 100 m de diamètre. À voir absolument, d’autant que l’Argonne est par ailleurs une région bien agréable pour se balader à moto.

La citadelle de Montmédy vient rappeler au visiteur que la frontière du nord meusien a toujours été âprement disputée. Ce qui n’a pas empèché les Allemands de prendre la ville en 1870, 1914 et 1940. Rendez-vous.
Le gros V-twin américain ronronne le long de la Tranchée de Calonne, route forestière presque rectiligne qui fut elle aussi âprement disputée. Et pour cause: elle mène directement à Verdun. Le nord était tenu par les Français, le sud par les Allemands. Par endroits dans les bois, leurs positions se font encore face à moins de 20 mètres de distance ! À portée de voix. À portée du jet d’un paquet de cigarettes, que les simples soldats s’échangeaient paraît-il de temps en temps en l’absence des gradés. Ici est tombé Alain Fournier, dont le seul et unique roman, Le Grand Meaulnes, laissait supposer qu’il deviendrait I’un de nos plus brillants écrivains. Le moteur refroidit tandis que le casque, négligemment suspendu au guidon, semble vouloir nous rappeler que les troupes françaises n’ont été dotées du fameux modèle Adrian qu’à partir de septembre 1915, l’Etat-major préférant jusque-là réserver l’acier à la production de munitions. Trop tard pour le soldat de 2° classe Martin Sola, entre-temps disparu sur la petite commune de Lamorville où nous accompagne le guide conférencier Guillaume Moizan. « D’après mes recherches, votre aïeul est mort dans ce secteur, qui était autrefois un bois. On ne les distingue plus à hauteur d’homme mais sur les vues aériennes, notamment sur Google Earth, les différentes lignes de tranchée apparaissent encore nettement. » Par chance, le champ d’orge face à nous vient d’être fraichement moissonné. Nous nous y engageons. Au bout d’une cinquantaine de mètres, un petit objet au sol attire l’attention : une balle de fusil Lebel non percutée ! Un peu plus loin une seconde, puis une troisième qui, soulevées par le travail de la terre, semblent être tombées-là il y a quelques mois à peine. Notre guide n’est même pas surpris : « On estime qu’un obus sur quatre n’a pas explosé en touchant le sol, notamment parce que celui-ci était tellement retourné qu’ïl était devenu trop meuble. On en retrouve encore régulièrement, et il y a malheureusement toujours des accidents. » Plus loin, encore une dernière balle puis des fragments d’os, poreux et visiblement très anciens. Des os humains? « Difficile à dire. Et peut-être vaut-il mieux ne pas le savoir » C’était le 7 avril 1915. C’était hier.

Ces balles françaises, elles, ont été retrouvées là où a disparu le soldat Sola. Une découverte aussi stupéfiante qu’émouvante pour son arrière-petit-fils Crédits
Article et photos de Didier Bouard, paru dans le hors série de Moto Magazine en avril 2016.
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Visites d’automne

L’accord avec l’Office de Tourisme du Luberon Sud s’étant bien passé nous avons décidé de continuer d’organiser avec lui des visites de village cet automne.
Après les visites des journées du Patrimoine, il y aura deux visites cet automne :
- Le 4 octobre visite des circuits du village
- Le 1 novembre cheminement particulier qui terminera au cimetière. Ce circuit partira aussi de la place Saint Elzéar à 10h30, passera par l’église et se terminera au cimetière. Il sera principalement orienté sur le sujet de l’approvisionnement en eau du village et du souvenir de nos anciens.

Statue de Saint Joseph au cimetière Les visites se font exclusivement sur réservation à l’Office de Tourisme Sud Luberon . Vous pouvez le faire en ligne en suivant ce lien ou aux bureaux de la Tour d’Aigues et Cucuron.
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Balade de la journée du Patrimoine 2023

Le programme du week-end des 16 et 17 septembre prévoyait deux visites historiques. Le déluge du samedi empêcha la première. Le dimanche, Lionel a pu faire le tour du village avec une trentaine de personnes.

Samedi soir, petits et grands ont pu suivre la balade musicale. Elle a commencé place Saint Elzéar, avant de retrouver le groupe Tan Que li Siam au Petit Portail. Nous les avons suivis sous le figuier au coin de la rue du Rocher et de la rue du Buis, avant de descendre la rue de France vers le tilleul.
Leur nouveau répertoire, Cançons Traversièras, évoque les chemins de traverses, les collines du mont Ventoux et du Comtat Venaissin. Marie-Madeleine Martinet, Mickaël Portalès, Mario Leccia, et Audrey Peinado posent des harmonies sur les poèmes de Saboly, Baroncelli, Henriette Dibon dites « Fantartello », et d’autres auteurs. Ils font entendre une voix de la Provence consciente de son histoire.
La soirée s’achève comme d’habitude par le pot de l’amitié. Nous avions pissaladière et pizzas venues du « Pains d’Ansouis » la boulangère à côté du lavoir. Nous avions aussi les vins du Domaine des Fourques, des Tuiles bleues, de Martialis. Tout le monde s’ai promis de se revoir l’an prochain.Pour aller à la balade de 2022
Crédits
Texte, photos et vidéo de Françoise et Lionel Guin, Thierry Fouque, Christine D’Abrigeon.









